Ce qui nous empêche de penser

Fethi Benslama , psychanalyste, professeur de psychopathologie à Paris VII (Diderot).

Les trois premières années de ce séminaire ont été consacrées à une enquête historique sur cette écriture de la pensée qui se déploie, sous des formes diverses, du tournant des Lumières à l’extrême contemporain. Du « cogito sensible » des Lumières à la naissance de la psychologie au XIXe siècle, puis à la « pensée du dehors » déployée par une certaine modernité, on a proposé les linéaments. On souhaite à présent interroger l’époque la plus contemporaine à la lumière de la disqualification de l’activité de pensée qui s’y fait jour. À l’ère du « temps de cerveau disponible », serait-ce la fin de la pensée critique, voire la mise en péril de l’activité de pensée ? La pensée n’est pas interdite (nul ne nous interdit de penser, même en régime de capitalisme industriel), mais taxée d’improductivité, là où il faut se montrer rentable ; de fâcheuse complexité, là où il faut être toujours plus clair et résumable. Nous voici face à cette pensée « fondationnelle » dont il faudrait tracer la cartographie exhaustive, et qui est comme inscrite au déni de ce doublet empirico-transcendantal dont Foucault esquissait naguère le tracé, dans Les Mots et les Choses. Analyser à nouveau frais ce fondationnel, en décliner les traits constituants, sera tenter de s’orienter, à nouveaux frais, dans la pensée. Cela implique aussi de prendre la mesure de la figure appauvrie d’une raison pour laquelle Jacques Derrida, dans Résistances à la psychanalyse, dit qu’il n’y a « que des causalités et des programmes ». Cet entendement appauvri se soutient de croyances auxquelles il est par définition aveugle, et qui sont comme son socle impensé. Qu’est-ce que s’autoriser à penser, aujourd’hui ? Comment fournir à la pensée ces « larges tranches de temps » dont parle Rimbaud, à l’heure du « travailler plus pour gagner plus » ? On poursuivra, lors de ce deuxième temps de la réflexion, l’analytique de la pensée en régime mondialisé, en mettant cette fois-ci l’accent sur l’étude des processus inconscients et des dispositifs symboliques.

http://www.franceculture.fr/ce-qui-nous-empeche-de-penser-ii

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :