De l’objet à la médiation

« Aucune médiation n’est productrice d’effet de croissance psychique si elle n’est pas d’abord présentée par un sujet à un autre sujet et alors seulement inventée – créée par l’un et par l’autre dans cet accompagnement mutuel »
R. Kaës

De l’objet à la médiation

Par D.Quélin Souligoux
«(…)Ce terme intermédiaire que j’appellerai « objet médiateur » pourra être :
soit un objet concret (jouet, pâte à modeler, instrument de musique, jeux divers, papier, crayon, etc.) ;
soit le jeu dramatique utilisé spontanément par les enfants ou sollicité prudemment comme pourvoyeur de représentations par l’animateur ou le thérapeute. Dans le psychodrame lui-même d’ailleurs, l’improvisation dramatique n’est pas une fin en soi : « Elle n’est qu’un véhicule, un médium qui prétend à d’autres buts… » (D. Widlocher, 1962)
soit un objet culturel (peinture, écoute musicale, conte).
La possibilité de médiation de cet intermédiaire sera alors, je le développerai plus loin, attachée à son utilisation particulière plus qu’à sa seule présence qui, en elle-même, renverrait plutôt à la notion de support de la communication. Ses caractéristiques de médiateur le rapprochent de ce que les chercheurs du cor (Clinique de l’objet de relation) définissent comme l’objet de relation à partir d’une interrogation sur « la place, la fonction et la valeur psychique des objets externes dans le travail clinique mais aussi dans le développement psychique de l’individu ». Repérable séparément par deux ou plusieurs personnes en présence, il déclenche chez chacune un travail de pensée et représente aussi l’état de la relation à un moment donné de la rencontre. Son sens peut donc se transformer même s’il reste le même en tant qu’objet concret. Dans la relation psychothérapique, l’objet de relation jouerait donc un rôle de relais entre la communication consciente et la communication inconsciente et d’articulation entre les subjectivités de deux ou plusieurs personnes.
Outre les caractéristiques principales que je viens de citer, je mettrai l’accent sur le fait que l’objet médiateur peut aussi se situer à la rencontre de la réalité extérieure et du monde psychique interne du sujet, puisqu’il est à la fois porteur des qualités concrètes de sa matérialité et des qualités abstraites de la relation. C’est ainsi que, par exemple, M. Milner (1976) parle du médium malléable : « Pouvons-nous dire qu’en trouvant soit avec le pastel ou le papier [soit dans notre analyse], une parcelle du monde extérieur qui soit temporairement d’accord pour se fondre avec nos rêves, un moment d’illusion est rendu possible pendant lequel l’intérieur et l’extérieur semblent coïncider ? »
Cette malléabilité du médium donne l’opportunité aux enfants d’expérimenter dans le groupe une fonction malléable de l’environnement qui a pu être en faillite lors de leurs premiers contacts avec le monde et peut leur permettre d’essayer de compenser les échecs inévitables de leurs premières ébauches de relation au monde extérieur (donc à sa mère, au commencement tout son univers) si facilement négligées ou incomprises.
Cela nous amène, tout naturellement, à D.W. Winnicott (1970) lorsqu’il dit que, pour réussir sa tâche de désillusionner l’enfant quant à son omnipotence, la mère doit lui donner des possibilités suffisantes d’illusion. Il considère d’ailleurs qu’accepter la réalité est une tâche sans fin : nul être humain ne parvient à se libérer complètement de la tension suscitée par la mise en relation de la réalité du dedans et de la réalité du dehors. Il pense que l’adulte peut poursuivre et compléter cette expérience d’illusion/désillusion au sein d’une aire intermédiaire qui est celle des arts, de la religion, de la culture, en continuité avec l’aire de jeu de l’enfant. C’est dans ce sens qu’on peut dire que le jeu est un médiateur de la vie psychique de l’enfant. En ce qui les concerne donc, il n’est pas surprenant que les groupes à médiation s’appuient assez souvent sur cette activité, qu’elle soit déjà là spontanément ou qu’il faille la faire advenir en aidant les enfants à y accéder. Concernant les adultes, ce qui n’est pas mon propos aujourd’hui, c’est toute la sphère de la culture et des arts qui va alimenter les dispositifs dits à médiation.
Je ferai dans ce travail l’hypothèse que ce que j’appelle les « objets médiateurs » peuvent rendre possible dans un groupe thérapeutique d’enfants l’expérimentation de cette illusion omnipotente, autrement que dans l’agi de l’excitation, en permettant de la symboliser. Leur utilisation viendra ainsi renforcer les interventions du thérapeute qui ont pour objectif, en faisant passer d’une situation collective à un effet de groupement, d’aménager une aire de symbolisation, un espace de pensée (P. Privat, D. Quélin Souligoux, 2000).
En effet, les groupes, surtout avec les enfants jeunes, qu’ils soient thérapeutiques (à visées réadaptatives ou rééducatives) ou psychothérapeutiques d’inspiration psychanalytique, ne limitent pas leurs dispositifs à l’expression verbale. Le plus souvent le jeu et les jouets qui lui sont associés, la pâte à modeler ou le « papier crayons », sont proposés comme aide à l’expressivité des enfants. Quels rapports ce jeu et cette créativité entretiennent-ils avec le processus groupal et l’objectif thérapeutique du groupe ?»
La suite sur CAIRN :

https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalyti…

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