Les médiations thérapeutiques par l’art, le Réel en jeu. JM Vivès et F.Vinot – CAIRN

L’expression « art-thérapie », en rapprochant par un trait d’union les termes art et thérapie, pourrait laisser croire que la pratique artistique ou la fréquentation d’une œuvre aurait des effets thérapeutiques en soi. L’exemple d’illustres artistes (Artaud, Van Gogh, Schumann, etc.) montre suffisamment qu’il n’en est rien.
En visant explicitement la dimension thérapeutique, conçue essentiellement comme résultat de la symbolisation, la médiation prend le risque de rater une des dimensions centrales de la rencontre médiatisée par l’art, le Réel, soit ce qui échappe à toute possibilité de symbolisation.
Cet ouvrage tente donc de dessiner les fondements d’une autre approche. En donnant au concept lacanien de Réel une place centrale dans les modélisations des pratiques artistiques (musique, théâtre, marionnettes, écriture), les auteurs empêchent l’établissement d’une causalité linéaire liant art et thérapie. L’œuvre, dans un même mouvement, révèle et voile le Réel, laissant pressentir qu’un autre type de rapport à cet indomptable est envisageable : là où le symptôme suture, l’art fait rupture et dans le meilleur des cas ouverture. L’expérience des rencontres médiatisées par l’art repose sur l’énigme sans cesse relancée d’un impossible dans le rapport du sujet à lui-même.
—–
Les ouvrages traitant de l’art-thérapie ou des médiations thérapeutiques par l’art sont de plus en plus nombreux ainsi que les formations qui s’en réclament. Une publication de plus était-elle nécessaire ? Les travaux menés jusqu’à présent ont défriché et exploré des pans importants des processus en jeu sans pour autant, nous semble-t-il, épuiser la question. Au point où nous en sommes, il nous a paru pertinent de solliciter un certain nombre d’auteurs susceptibles de proposer des repères permettant de cerner la place du Réel dans ces dispositifs. Le présent recueil est le témoignage de cette communauté de questionnement.

Prenons position : l’expression « art-thérapie », en rapprochant par un trait d’union les termes art et thérapie, pourrait laisser croire que la pratique artistique ou la fréquentation d’une œuvre auraient des effets thérapeutiques en soi. L’exemple d’illustres artistes (Artaud, Van Gogh, Schumann…) montre suffisamment qu’il n’en est rien. L’art n’est pas en soi thérapeutique. Il n’y a pas d’art-thérapie.

L’ expression « médiation thérapeutique par l’art », quant à elle, met en avant la notion de médiation, et donc de transfert nécessaire aux effets de subjectivation. Cependant, concevoir la dimension thérapeutique comme résultat de la symbolisation équivaut à prendre le risque de rater un des enjeux essentiels de la rencontre médiatisée par l’art : le Réel, soit ce qui échappe à toute possibilité de symbolisation.

Le présent ouvrage tente donc de dessiner les fondements d’une autre approche. Esquissons-en deux.

D’une part, donner au Réel une place centrale dans les modélisations de ces pratiques empêche l’établissement d’une causalité linéaire liant art et thérapie, et cela du fait même de la dimension potentiellement corrosive, voire effractive de la rencontre avec l’œuvre d’art. Cette co-implication de l’œuvre et de son créateur et/ou récepteur déploie un site, un praticable – au sens que lui donne Jean Oury – qui recèle une dimension d’imprévisibilité excluant toute emprise et suspendant momentanément toute causalité. La rencontre de l’œuvre, qu’elle soit en création ou créée, ne peut être pré-vue et ne saurait tendre à la dimension thérapeutique qu’à se situer du côté de la Gestaltung, de la forme en formation. Intégrer le Réel au sein de l’élaboration de ces pratiques oblige le clinicien à se situer du côté de l’ouverture et non de la suture.

D’autre part, si tout du Réel ne peut être pris en charge par le symbolique, comme le propose Lacan, alors l’œuvre peut être envisagée comme ce qui, dans le même mouvement, révèle et voile le Réel, laissant pressentir qu’un autre type de rapport à cet indomptable est envisageable : là où le symptôme suture, l’art fait rupture et, dans le meilleur des cas, ouverture. L’expérience des rencontres médiatisées par l’art indique qu’il est possible de faire autrement avec ce qui résiste et résistera à la symbolisation. La rencontre peut donc être autrement orientée : la subjectivation doit certes son tribut à la nécessaire symbolisation, mais elle repose également sur l’énigme sans cesse relancée et relançante d’un impossible dans le rapport du sujet à lui-même.

Ni prévision, ni prévention, ni contention, la rencontre suppose avant tout de se risquer à l’inconnu. Si le terme de rencontre a pu avoir jusqu’au xviie siècle le sens de combat, mais également celui de réponse, cette étymologie nous permet de comprendre en quoi la rencontre médiatisée par l’art est pour le sujet tout ensemble choc et nécessité de répondre, soit littéralement : une « com-motion ». C’est, de récepteur de l’œuvre, devenir émetteur. Pour paraphraser Freud : là où était la rencontre avec l’œuvre, je dois advenir. Nous soutenons aujourd’hui que c’est depuis l’impossible à représenter qui s’impose à nous dans le faire œuvre que le sujet est sommé de prendre position : la rencontre est alors non seulement réponse mais également réplique qui, qu’elle soit théâtrale ou mimétique, implique la dimension de l’esprit.

 

La suite ici:

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :